Étang de Berre : Sous le pollen, la plage

Photo d’en tête : Adrien Zammit

Les pins balancent en paquets leur semence. Cette poudre irritante fait tousser certains d’entre nous et s’amasse à quelques mètres du rivage en écharpe d’écume douteuse sur tout le pourtour de l’étang. Bleu absolu qu’il est, cet étang, sans vent, impeccablement lisse, comment ne pas remarquer le moindre détail à sa surface ? L’impétueux sillage d’un hors-bord, l’immobilité d’un bateau de pêche qui pose ses filets, les points blancs très denses des goélands au repos. Les nuages de pollen jaune troublent la vue en direction de la colline, mais pas vers le centre de l’étang, axe d’azur imperturbable, autour duquel nous allons tourner assez pour rejoindre notre point de départ.

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Le tracé avait été conçu trois ans auparavant par Kéké de Sausset, nous avions une première fois parcouru ces pistes et ces routes un jour de mistral violent. Aujourd’hui, c’est presque l’été, du moins la première sortie de la saison en manches courtes. Jusqu’à en attraper un léger coup de soleil sur les avant-bras. La mise en perspective de ces deux éditions montre tout autant ce qui fait la permanence de cet endroit, que ses palettes de couleurs, ses nuances saisonnières, la variation et la variété de sa fréquentation humaine. L’étang est immuable, ce qu’on y ressent est changeant. Lorsque nous reviendrons en faire le tour, la prochaine fois, nul doute que nous trouverons matière à enrichir plus encore l’expérience que nous en avons déjà. Sentiment délicieux de bien le (re)connaître, tout en roulant de surprises en découvertes.

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Les pneumatophores sont les racines aériennes des cyprès chauves. Bernard Dardennes en connait tous les secrets et nous les révèle. Avec sa clé, il a ouvert spécialement pour nous le portail de la Poudrerie Royale de Saint Chamas. Nous y pénétrons en file indienne pour une traversée sylvestre et verdoyante. Ce qui fut pendant des siècles une manufacture dédiée à la fabrication d’explosifs est désormais un lieu de détente, de promenade et de patrimoine assidument fréquenté par les joggers et les promeneurs. Les cyprès chauves sont partisans de n’occuper que la mangrove locale où leurs pneumatophores qui pointent vers le ciel leurs permettent de respirer dans un sol gorgé d’eau. Tout occupés qu’ils sont à leurs pratiques hygrophiles, ils laissent volontiers place plus loin aux frênes, ormes, érables, saules, peupliers, chênes pédonculés, platanes et autres tilleuls, ou à des essences plus exotiques : séquoia, zelkova, ou ginkgo biloba. La tribu de nos vélos gravel, faite de carbone, aluminium, titane ou acier côtoie avec bonheur le peuple des arbres de la Poudrerie.

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Le soleil darde ses rayons sur le Jaï, la longue bande de sable qui coupe l’arrondi méridional de l’étang. Les familles sont regroupées autour des barbecues que le père ravive d’impérieux mouvements d’air. Les adolescentes, un peu à part, isolées des parents, se racontent des choses sérieuses. Les plus petits, accroupis sur la maigre plage, construisent avec ardeur et persévérance d’improbables édifices en forme de colombins. La culture du cabanon est ici très vivace, et ne demande que quelques degrés Celcius au dessus du supportable pour se régénérer. L’hiver, se sont les kitesurfers les rois du Jaï. L’été, place aux familles et aux merguez qui grillent en crépitant. Plus loin, isolé sur un rocher, filiforme silhouette immobile, un migrant africain regarde les avions quitter la piste de l’aéroport international de Marignane.

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Les sangliers ont dû bien mal se conduire. Ils auront sans doute tout retourné et se seront multipliés plus que de raison dans le Palous et la Petite Camargue, pour qu’une battue administrative y soit conduite juste aujourd’hui. Puisque l’accès nous en est interdit, nous emprunterons la route. Je suis dans la roue, à quarante-cinq kilomètres-heure, incapable de prendre le moindre relais à Roch Manfredini qui envoie les watts pour rejoindre un groupe devant. Nous, léopards, laissons aux chasseurs d’orange vêtus le soin de réguler les populations de suidés, pour notre part nous nous consacrerons à dévorer du bitume.

 

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Les vélos sont tous des gravel. Vingt-huit montures alignées sur l’esplanade de Berre, ça en jette quand même. Ça fait plaisir. Ça dit qu’on peut continuer à tracer des parcours suaves dans tous les endroits où on a envie d’aller, qu’on peut continuer à proposer des dimanches comme celui-ci, où l’on se retrouve pour rouler, piloter, découvrir, expérimenter, éprouver, boire. Pour vérifier que sur chaque colline il y a un piste, au bout de chaque impasse un passage secret, dans chaque lotissement un chemin de traverse, derrière chaque usine une route abandonnée. Pour se dire que tous les paysages sont beaux, à condition que l’on sache les parcourir dans le bon sens et savoir regarder. Pour comprendre que rien n’est parfait, que tout est intéressant, et que le monde n’existe que parce que l’homme l’a inventé.

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