Le Grand Panorama, et après.

En gravel on roule seul. Même lorsqu’on est plusieurs à se connaître, à se retrouver, à prendre plaisir à se retrouver, à partager la même activité, à se retrouver pour partager la même activité. Le départ est donné, et soudain on est dans sa tête, dans son corps, au milieu des autres mais seul, centré, concentré, posé sur le vélo, à piloter pour passer au mieux ornières, trous, nids de poules, galets, à pédaler à la juste fréquence, à la bonne vitesse, ressentir les vibrations, regarder le chemin défiler et les chironomes se coller sur le jersey, on est bien, serein, et seul.

Pendant ce grand panorama on était bien, serein, et seul – photo Dan de Rosilles

Ce jour de grand panorama illustrait à merveille cet oxymore : Dispersés dans ces vastes territoire des Alpilles, de la Crau et de Camargue sur cinq circuits de 60 à 150 km qui bouclaient au même endroit, la vingtaine de cyclistes qu’on était savaient être ensemble, mais séparés. Ce n’est pas contradictoire, c’est un sentiment de solitude collective, bienheureuse, assumée. Vingt cyclistes qui s’éparpillent pour mieux partager une palette de paysages, une collection d’itinéraires, un panel de surfaces à rouler, un bouquet de sons, d’odeurs et de lumières.

Alpilles, Crau, Camargue, un sacré panel de surfaces à rouler – photo Adrien Zammit

Puis, lorsque les regards de chacun, illuminés et cernés de traits tirés par l’effort se sont de nouveau croisés, c’était le soir, c’était au bar, et il y avait très peu de choses à raconter: Tous savaient. Tous l’avaient vécu, à leur façon, dans l’ordre de leur choix, dans la quantité désirée. Certains avaient opté pour la plus petite boucle, d’autres avaient roulé jusqu’à la nuit en combinant plusieurs circuits. Mais tout ce qui avait été récolté était versé au crédit commun : Il y avait, entre autres choses et dans le désordre, de la poussière jaune collée par la sueur, la nouvelle bière IPA du brasseur local, quelques espigaous glanés lors d’un arrêt au bord d’un chemin, une photographie de couleuvre à échelons, une tache de limon séché, deux irritantes morsures d’arabis.

Nous roulons dans des territoires préservés ou il reste encore des insectes, des oiseaux et des couleuvres à échelons – photo Adrien Zammit

Le tout à bien été consigné dans le cabinet de curiosité d’Arles Gravel, mais cela ne suffit pas. Vaine tentative d’archiver l’inarchivable, l’immatériel, ce qui est passé, pleinement vécu mais presque irracontable. Il s’agit juste d’en tenir compte, pour recommencer, après, la saison prochaine, où nous pourrons encore vivre des aventures au coin de chez nous. Bien sûr, notre expérience du passé et notre connaissance du terrain nous permettront d’offrir la possibilité de recommencer, comme par exemple dans le Gard ou entre Arles et Marseille, mais aussi d’avancer sur de nouveaux projets, pourquoi pas en collaboration avec d’autres cyclistes européens, ou sur des sorties de plusieurs jours, avec boissons et bagages.

Certains on pédalé jusqu’à la nuit, à l’heure où d’autres entament la fenaison – photo Adrien Zammit

Tout reste à imaginer, il y a un été pour ça, pendant que les températures suffocantes empêchent d’emprunter les chemins blancs. Déjà, nous préparons l’après. Même si rien ne sera jamais comme avant, le vélo de gravier offrira toujours le moyen de mettre au travail notre sens critique, de porter un regard aiguisé, averti, décalé, créatif, sur les évolutions et les transformations du paysage, à l’affût des nouvelles opportunités qu’offre le maillage sans cesse renouvelé des pistes intermédiaires. En cela, le gravel est porteur d’optimisme et d’espoir. Pour la saison prochaine, pour l’après, donc.

La saison prochaine, lorsque nous roulerons sur la digue du Vigueirat, il n’y aura plus la Halle du site Lustucru, en voie de démantèlement, bientôt remplacée par un centre commercial – photo Adrien Zammit

6 réflexions sur “Le Grand Panorama, et après.

  1. Encore un grand texte pour finir la saison en beauté ! Petit joueur je n’ai fait que le Tour de Camargue que j’ai adoré; il m’a permis de découvrir ces paysages si singuliers; malgré l’allure assez vive de notre petit groupe (Dédé, Serge, Patricia, Claire, Roch, Jay Way) plutôt affûté, on a bien profité de ce terrain idéal pour le Gravel. Un expresso en terrasse à Ste Marie sur les coups de 8h30 puis on s’est régalé sur la fameuse piste de la digue avec au dessus de nous des vols de flamants roses (probablement envoyés par Dan)…
    Merci Dan pour ce parcours et cette organisation. A bientôt pour de nouvelles aventures.

    PS : le gravel est quand même possible l’été, même ici dans le sud

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  2. Merci Dan pour l’organisation, pour les parcours, pour les rencontres et pour ce résumé qui nous replonge dans l’ambiance de cette superbe journée.
    Mon seul regret est de ne pas avoir eu le courage d’effectuer la troisième boucle.

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